L’heure est au Blossom ! LE MONDE D’APRES : L’INVENTER, LE METTRE EN ŒUVRE
Nous venons de passer 2 mois confinés qui nous ont appris beaucoup sur nous-mêmes. Nous avons appris beaucoup aussi sur de nouvelles manières de vivre et de travailler.
Nous venons de passer 2 mois confinés qui nous ont appris beaucoup sur nous-mêmes. Nous avons appris beaucoup aussi sur de nouvelles manières de vivre et de travailler.
Le confinement se vit différemment selon les personnes. Evidemment les conditions matérielles influent beaucoup selon qu’on le vive entre les murs d’un appartement ou à l’air libre de la campagne. Mais il y a aussi une manière toute personnelle de le vivre en fonction de ses préférences de personnalité. Le MBTI avec son fameux questionnaire diffusé avec succès à 40 millions d’exemplaires dans le monde, permet d’identifier une typologie des préférences selon la théorie de la personnalité de Jung. Certifiée Niveau 2 et ayant animé des centaines d’entretien de debriefing et séminaires collectifs, je me suis amusée à l’utiliser pour décoder les comportements en cette période de temps de confinement. Je l’ai utilisé pour prendre du recul, mieux comprendre certains agacements et frustrations, comprendre les autres et désamorcer certaines situations caricaturales avec bienveillance et humour !
Confinement : distance sociale et intériorisation forcée
Le principe même du confinement met à l’épreuve le rapport au monde et aux autres, qui vient impacter différemment les personnes de préférences Extraversion et Introversion.
Pour les premiers, être confiné est une contrainte qui va les couper de leur source d’énergie préférée, le contact avec les autres. Pour les autres c’est au contraire une chance inouïe que de pouvoir se retrancher dans son monde intérieur, ne pas être obligé d’interagir , jouir du calme et du silence, s’adonner à une solitude devenue au nom de la protection sanitaire socialement « normale ».
Internet, l’antidote au poison de l’isolement, est vécu différemment aussi.
Les personnes de préférence Extraversion vont surfer d’un call à un apéro Zoom, en déambulant, parlant librement ou riant dans leur Smartphone tandis que les personnes de préférence Introversion vont entretenir leur relations avec quelques personnes choisies par mail , Sms ou en passant un appel discrètement, voire secrètement, au calme de l’endroit retiré où ils ont créé leur nid de confinement.
Présence débordante ou retrait trop marqué, c’est l’occasion pour chacun de gérer son propre curseur de distance sociale !
Télétravail : entre liberté et contraintes de temps
Le travail a cette fonction sociale de structurer le temps. Pour ceux qui sont au télétravail ou au chômage forcé, il leur faut puiser dans leurs ressources internes pour organiser leur temps chez eux, ce qui va se faire différemment selon les personnes qui ont une préférence pour le Jugement ou pour la Perception.
Les premiers vont vite décider de la manière d’organiser leurs journées, se donner des horaires, alterner plages de travail et de loisir, faire des menus pour la semaine et les listes de courses correspondantes. Les autres vont plutôt profiter de l’aubaine d’avoir un agenda plus vide pour se laisser aller à la liberté de l’absence de contraintes, faire les courses selon les envies et en dehors des listes, vivre selon les envies du moment.
Là encore c’est l’occasion pour chacun de gérer son rapport au contrôle et au lâcher prise tout en respectant les préférences de l’autre !
La Crise : une menace ou une opportunité de changement
Cette crise sanitaire qui devient la crise du Siècle est vécue dans son analyse au présent et dans la perspective de ses conséquences de manière très différentes.
Les personnes de préférence Sensation décoderont avec force chiffres et faits la situation actuelle et son évolution court terme. Alors que les personnes de préférence Intuition vont se référer aux exemples passés et envisager des perspectives d’avenir.
Cette posture sera renforcée par l’association Introversion-Sensation qui aura tendance à identifier les changements très courts terme donc plutôt associés à des pertes et des difficultés tandis que les personnes Extraversion Intuition, verront se dessiner l’opportunité d’innovations et les bénéfices en terme de progrès à moyen voire long terme .
Cette crise et le confinement sont comme un encouragement à travailler sur soi comme le recommande Jung « Si tu ne vas pas vers ton ombre, ton ombre viendra à toi ! ».
L’engagement sociétal est aujourd’hui incontournable pour toutes les entreprises. Qu’elle soit d’ordre environnemental ou social, la prise de conscience collective s’accélère avec la succession de crises auxquelles nous sommes confrontés : climatique avec les tempêtes, sociale sur les retraites, santé avec le coronavirus…Toutes les entreprises cherchent à s’engager et intègrent ces valeurs dans leur Raison d’Etre. Or si les nouvelles générations sont en attente d’innovations sur le sujet, les dirigeants quant à eux ne sont pas toujours à l’aise avec ce que représente cet engagement sociétal. Le coaching, qui est par essence une démarche de responsabilité et de créativité, va aider à l’identification et à l’expression des valeurs et surtout à leur incarnation par des comportements. Cette exemplarité doit commencer par le CODIR. Pour cela le programme de coaching doit être décliné à trois niveaux : individuel, équipe et organisation.
Le coaching pour favoriser responsabilité et créativité
La définition de Michel Giffard, Directeur HEC Executive Coaching et co-auteur avec Céline Geara-Thomas de l’ouvrage « Global Coaching for the whole being », suffit à elle-même pour exprimer en quoi le coaching est idéal pour accompagner une transformation vers l’engagement sociétal. Il s’agit de « l’accompagnement d’une personne, d’une équipe ou d’une organisation, afin qu’elle mobilise les ressources dont elle dispose pour trouver par elle-même ses propres réponses aux questions qu’elle se pose ou aux problématiques qu’elle rencontre ». Non seulement le coaching mobilise responsabilité et créativité mais c’est un investissement moyen terme ce qui correspond aux cycles d’actions RSE.
Coaching individuel pour des Leaders engagés
L’Engagement sociétal, pour être crédible, doit s’incarner dans le comportement des leaders visibles que sont les membres du CODIR. Individuellement chacun doit adapter son référentiel comportemental aux valeurs identifiées collectivement. Ainsi le coaching par une démarche d’analyse profonde va permettre au leader la prise de conscience de ses propres valeurs et des éventuels écarts avec celles de l’entreprise. Un travail sera mené sur lui-même, avec le coach qui lui renverra son image comme un miroir. Ce travail lui permettra d’identifier et mettre en action sa propre congruence ainsi que les conditions pour créer la confiance de chacun des membres du Codir avec ses équipes.
Coaching collectif pour des équipes de Direction engagées
Au niveau des équipes, un coaching collectif va leur permettre de s’approprier pleinement les valeurs, de se les appliquer à elles-mêmes pour les faire appliquer à l’ensemble de l’entreprise.
Ces valeurs, selon les entreprises, si elles ne tombent pas en « top down » du siège, peuvent être co-construites par les équipes dans une dynamique « bottom up ». Le coaching peut jouer là son rôle de facilitation de l’expression et de la créativité . En libérant la parole, s’engage la « déconstruction » pour mieux « reconstruire » ensemble ensuite.
Coaching systémique pour une organisation responsable
Les multiples acteurs impliqués dans la transformation sociétale doivent être connectés et considérés comme des parties prenantes de la dynamique de changement. Le coaching d’organisation peut contribuer à cet « empowerment » par des leaders eux-mêmes engagés et un maillage avec l’ensemble des équipes. Par le coaching les leaders responsables seront à même de suivre le conseil de Steve Jobs « Suivez votre intuition et votre cœur. Eux seuls savent ce qui est bon pour vous et pour le monde ».
Le Codir, ou Comité de Direction, est le lieu de pilotage de l’entreprise où sont prises ou validées les décisions stratégiques. En effet devenir membre du Codir est statutaire et accéder à ce statut signifie que tous les regards des salariés sont braqués sur vous. A l’heure de la transparence digitale, l’exemplarité du Codir est plus que jamais nécessaire. Un membre de Codir ne peut plus dite « Fais ce que je dis et pas ce je fais ». Pour l’innovation, qui implique disruption et transformation, cet adage vaut plus encore !
1) être membre du Codir : droits et devoirs pour l’innovation
Innover implique un ensemble de comportements tels que la collaboration, l’ouverture, l’acceptation d’idées nouvelles… Ces comportements peuvent paraître décalés par rapport à ceux de la compétition prônée par des entreprises traditionnelles voire certaines start-ups dirigées par des entrepreneurs sans culture manageriale. Or on ne peut exiger des salariés des comportements que le Codir ne s’applique pas à lui-même.
Dans les nombreux Codirs que j’accompagne, la « collaboration » est sans doute le challenge le plus difficile.
Chaque membre du Codir vient souvent représenter son silo et défendre les intérêts de son territoire. Or l’innovation résulte de la confrontation d’idées et de la contribution de toutes les fonctions de l’entreprise pour sa mise en œuvre, de la technique aux RH pour recruter le bon chef de projet.
Et il n’est pas rare de voir des directeurs inciter leurs collaborateurs à coopérer entre eux alors qu’ils sont en guerre manifeste avec leurs collègues du Codir. Leur demande de collaboration se transforme alors en injonction paradoxale ! Mettre l’innovation à l’ordre du jour du Codir est un excellent remède pour la transversalité.
2) savoir utiliser la diversité : ouvrir son point de vue pour innover
Le Codir constitue en effet un ensemble d’opportunités de développement. Ayant lieu à périodicité régulière, y participer donne la possibilité de lancer et présenter l’état d’avancement du projet à chaque étape de décision. Composé des homologues directeurs, il permet la sollicitation de l’implication des services représentés autour de la table. C’est aussi le moment d’indiquer le niveau de contribution de chacun pour créer la dynamique positive d’association au projet.
Mais c’est aussi, sous le sceau de la confidentialité de cette instance, de relever les non-contributions et engager la responsabilité collective sur les risques de délais ou de niveau d’excellence.
3) Nouveau savoir-être pour l’innovation
Pour beaucoup, être membre de Codir c’est représenter son service et, dans le meilleur des cas, faire redescendre l’information le lendemain lors de la réunion de service. C’est traditionnellement une fonction « top down ».
Or l’innovation suppose plutôt des méthodes « bottom up » impliquant la sollicitation des salariés dans le processus de création puis de décision. Le Codir devient alors un lieu de « remontée » d’idées et de solutions à adopter.
Etre membre de Codir pour l’innovation signifie alors partage et intelligence collective. Autant de soft skills rattachées à l’empathie et la bienveillance qui permettent de susciter confiance, solidarité et corresponsabilité.
Evitons d’appliquer les affres décrits dans le business thriller « le Codir m’a tuer » pour tuer l’innovation. Une bonne leçon de management pour développer la culture innovation.
Je vous fais partager mon intervention à l’occasion de l’évènement Paris Fashion Shops le 8 novembre dernier sur le thème « innover pour la mode ».
Créée en 2016 par Jacky Z. Chang, Paris Fashion Shops est la 1ére plateforme B to B dédiée aux professionnels de la mode. Elle compte aujourd’hui 100 0000 références produits mises a disposition de 100 000 détaillants dont 60% à l’étranger. Lauréat de BFM Académie 2019, son président fondateur avait rassemblé des experts du domaine et m’avait demandé d’intervenir sur la dimension innovation dont PFS a intégré les différents modes avec succès. En effet en quelques années Paris Fashion Shops a su se hisser parmi les start ups prometteuses et Le Figaro n’a pas hésité à la nommer l’« Amazon du B to B ».
La mode c’est le lieu de l’innovation par excellence. Incrémentale avec ses tendances et collections mais également de la disruption en bousculant les codes. L’innovation disruptive, chasse gardée du luxe, s’ouvre aujourd’hui au prêt-à-porter grâce aux possibilités nouvelles ouvertes par le Digital et l’Intelligence Artificielle. Le temps s’accélère et on assiste à l’avènement de la « Fast Fashion ».
Pour Innovation Blossom, l’innovation est une question de talents à faire éclore, d’intelligence à développer en complément de l’intelligence artificielle. Et donc la mode est un terrain d’application passionnant.
En effet, comme tous les secteurs, la mode doit s’adapter au monde qui change. Mais plus que tout autre secteur, étant par essence à la pointe des tendances, elle est touchée de plein fouet par le digital avec les atouts et contraintes du « commerce unifié » et la vague « éco-friendly ». Les métiers de la mode doivent donc évoluer voire muter.
Je vous fais partager ma vision des challenges pour les 3 métiers au travers des 3 I à développer …et surtout de nouveaux métiers à inventer.
L’ INSPIRATION à renouveler pour les métiers de la création
Artistes dans l’âme les créateurs de Haute Couture et les stylistes font les tendances. Chaque créateur a innové en marquant l’époque de sa griffe: de Coco Chanel avec sa marinière mondialement copiée aux créatures inspirées des mangas d’ Olivier Rousteing pour rebooster Balmain. Chaque année, et 2 fois par an, les professionnels ont à relever le défi des nouvelles collections. Il s’agit d’un exercice d’innovation « incrémentale » : améliorer ou changer un produit qui permettra de revendiquer la nouveauté, marquer la saison. Hors le risque d’épuisement de la profession, les recettes de l’incrémental fonctionnent bien : rallonger ou raccourcir cheville, genou, cuisse, passer des imprimés jungle à l’uni, favoriser un accessoire phare…Peu coûteuses, ces innovations sont porteuses de chiffre d’affaires par renouvellement de l’offre.
Mais c’est la « disruption », en mode comme dans les autres secteurs, qui est le graal de l’innovation. C’est jusqu’à présent le domaine des grands créateurs et du luxe. Citons Yves Saint- Laurent, roi de la disruption en bousculant les codes établis, qui a su imposer par exemple le Smoking pour les femmes, le caban dans la rue, sortir l’imprimé léopard de la vulgarité.
Aujourd’hui, tous les codes ayant été revisités, c’est le digital le nouveau champ d’inspiration : créer des vêtements intelligents, connectés au vestiaire ou à l’agenda, reflet calculé en IA de ma trace numérique tant en couleur que style et taille, leur permettre de changer de couleur en un clic… permettre au client de devenir son propre créateur ? de changer , de se changer de plus en vite et de plus en plus souvent.
Autant de compétences nouvelles pour le styliste qui viennent s’ajouter aux capacités d’imagination et de dessin. Il faut élargir le champ d’inspiration de ce métier de la mode créatif par excellence pour exploiter les opportunités créatives notamment du Digital et qui s’ouvre au prêt-à-porter avec la « Fast Fashion ».
L’ INTELLIGENCE TECHNIQUE à élargir pour les métiers de la production
La fabrication et la logistique sont aussi déterminantes en innovation que la création. Pour permettre, selon la définition de l’innovation en cours à Harvard, « à l’idée de toucher le marché », les métiers de la production sont essentiels : les modélistes, les petites mains des stylistes, les contrôleurs qualité, tous les métiers techniques…
Mais eux-aussi vont devoir évoluer, à commencer par celui d’ingénieur technique ou R&D textile pour inventer les nouvelles matières respectueuses de l’environnement. Il s’agira d’innovation incrémentale par amélioration et substitution. Et un nouveau challenge se présente avec l’accélération du temps digital qui impose des temps de production encore plus courts tout en maintenant le niveau de qualité.
Le Digital encore, avec ses imprimantes 3D notamment, suppose une maîtrise technologique supplémentaire aux compétences textiles classiques. Et vraiment disruptive, la possibilité qui va être offerte aux clients, sans être des spécialistes techniques, de fabriquer eux-mêmes leurs modèles. Ce sera aussi la possibilité, en fabricant soi-même, de supprimer les délais de distribution donc de succomber à la Fast Fashion !La suprématie technique des fabricants est donc à redéfinir à l’ère du prêt-à-porter sur mesure !
L’INTELLIGENCE CLIENTS à augmenter pour les métiers de la vente
Dans un environnement de concurrence mondiale, les métiers de la vente exigent un sens affuté de la mode. Les jeunes diplômés d’école de commerce sont recherchés pour les postes de « chef de produit marketing » pour développer les marques du luxe ou de prêt à porter. Le digital fait partie intégrante de la stratégie de communication voire de commercialisation avec le e-commerce. Les exigences du commerce unifié démultiplient les compétences des différents canaux à mixer. Les profils hybrides, mode, marketing et digital sont idéaux pour ces fonctions.
Coté Retail, le profil évolue également. Pour faire face au e-commerce, à la performance de mise à disposition d’Amazon ou de plateforme spécialisées dans le textile, les retailers doivent repenser leur rôle et leurs espaces. Le digital a déjà bousculé le métier d’acheteur avec les comparatifs en quelques clicks. Les chefs de produit marketing et les retailers doivent intégrer ces nouvelles possibilités pour améliorer leur rentabilité et rester compétitif. Pour les 2, l’accélération des temps de création et mise à disposition est une réalité de la Fast Fashion à prendre en compte.
Mais l’élément de différenciation résidera dans la capacité à établir la relation. Pour le retailer il s’agit de donner envie au client de venir et revenir : en plus de la mise à disposition d’articles sélectionnés , de créer une boutique chaleureuse et un accueil personnalisé qui devra faire mieux que l’algorithme des plateformes de vente. Pour le chef de produit marketing il convient d’utiliser les nouveaux modes d’innovation notamment la co-innovation en associant le client à ses réflexions.
En matière d’innovation client, tous les secteurs ont d’ores et déjà adopté le Design Thinking consistant à créer l’empathie avec le client pour identifier ses besoins profonds et co-créer avec lui le produit de ses rêves. A quand « le consomm’acteur » pour la mode ?
INTELLIGENCE DE LA COORDINATION pour devenir créateur, producteur, diffuseur, partenaire sur plateforme
Avec l’arrivée de plateformes, telle que notamment Paris Fashion Shops, commencent à émerger de nouveaux métiers, des fonctions multidisciplinaires associant création/marketing/ achat/ vente /digital/ organisation. Ces missions ne peuvent être tenues que par des profils hybrides qui ont le sens du business mais également la culture technique pour gérer les services digitaux associés. Ces profils en intégrant les différentes composantes du métier peuvent permettre de gagner du temps sur les cycles de création production et logistique et remplir les attentes clients séduits par la Fast Fashion.
De plus pour réussir cette mission il faut être capable de fonctionner en transversalité complète en interne avec les différents métiers et en externe avec les partenaires et sous-traitants.
Parmi toutes les plateformes, celles du secteur de la mode peuvent jouer la différence avec l’attrait des produits et la nécessaire créativité pour étonner. Le professionnalisme accru pour aborder les marchés d’aujourd’hui touche aussi ce secteur qui sort de l’image parfois superficielle de créations éphémères pour entrer dans les usages quotidien rendus possibles par le digital
Lieu d’innovation par excellence la mode n’a pas fini de nous étonner pour notre plus grand plaisir !
Parmi les softs skills reconnues comme indispensables pour innover figure l’empathie. A l’instar de Jeremy Rifkin qui l’érige en « remède à un monde en crise » avec sa « civilisation de l’empathie », cette soft skill est prônée comme méthode centrale du « design thinking ». De son étymologie « em-pathos », on identifie qu’il s’agit de se mettre à la place de l’autre, pour partager son ressenti et donc pour innover, identifier ses besoins, exprimés ou cachés, et créer une solution qui apporte progrès. Il s’agit de faire fonctionner en même temps son cerveau gauche et droit, sa tête et son cœur ! Mais l’empathie n’est pas toujours naturelle… quand elle l’est ou pour la développer, je propose ces 4 règles:
1 Ecouter
L’écoute est la première des attitudes pour entrer en empathie avec l’autre ; pour pouvoir ressentir ce qu’il ressent. Il faut une écoute de qualité, une écoute « active » telle que décrite par Carl Rogers, qui donne à l’autre cette impression d’intérêt pour ce qu’il dit et cette intention de vouloir en savoir plus. La base de l’innovation est déjà de connaitre les besoins exprimés, pour trouver le bon produit ou l’amélioration qui fera une innovation incrémentale.
François Dalle le premier patron de L’Oréal passait beaucoup de temps dans les salons de coiffure au contact des coiffeurs et des clients pour détecter les nouveaux produits capillaires et orienter la Recherche vers des pistes scientifiques pour des innovations répondant à des besoins client. Il est décrit comme un précurseur en matière d’innovation avec une écoute empathique remarquable.
Cette écoute active se traduit par l’expression d’émotions partagées. Au delà de l’analyse du cerveau gauche dans la phase d’écoute, il s’agit de mobiliser son cerveau droit pour écouter avec intuition et cœur et partir à la découverte des besoins cachés et d’usages nouveaux. En exprimant, en reformulant la démarche d’écoute empathique permet de dépasser les besoins conscients.
Des innovations révèlent parfois des besoins cachés ; on peut citer le post it, un système qui se décolle refusé à l’origine par 3M dont le cœur de métier est de créer des adhésifs robustes. Il aura fallu de la persévérance à son innovateur pour l’imposer chez 3M, qui aurait pu gagner du temps et de l’argent s’ils avaient joué l’empathie avec l’innovateur et le marché.
Savoir questionner est tout un art. La question empathique commence par l’intention : curiosité pour le sujet affichée et intérêt pour la personne. Que ce soit sous forme de face à face, d’interviews ou en groupe pour susciter l’intelligence collective, la gestion de la question ouverte est clé.
Le questionnement permet à la fois d’alimenter la phase convergente du processus d’innovation, pour clarifier le problème ou trouver des solutions mais également la phase divergente pour animer un brainstorming ou une séance de visual design, méthodes au coeur du design thinking.
Cela peut paraître surprenant, d’autant plus à l’heure du bavardage incessant des réseaux sociaux, mais la part de silence octroyée à l’innovation peut s’avérer productive. Pendant la pause les esprits continuent de mûrir, l’écoute se fait plus intense permettant aux signaux faibles d’émerger.
Cette pratique du silence suppose d’accepter de ne pas être le sachant, ne pas critiquer une idée qu’on n’aurait pas soi-même, d‘emprunter un leadership de l’ouverture et de la bienveillance.
La caractéristique du Design Thinking est d’être orientée utilisateur. Il s’agit de comprendre les besoins de l’utilisateur, de se mettre à sa place pour identifier ses « irritants ». Appliquée à la transformation l’empathie permettra d’entrer dans les craintes mais aussi les espoirs des salariés et d’identifier les solutions qui vont émerger d’elles-mêmes.
“Le jour où une toute jeune entreprise, nommée Apple Computer, nous a demandé de l’aide à créer un ordinateur “pour tout le monde”, nous avons appris la valeur de l’empathie.” Tim Brown (fondateur IDEO)
L’étape suivante consiste à clarifier les besoins par un questionnement adapté, quitter le traditionnel « comment le faire » et passer plutôt à « pourquoi le faire ». Il s’agit de re-questionner le problème de départ et de le reformuler de manière pertinente par rapport aux besoins parfois inconscients de la cible.
“Un problème bien posé est à demi résolu.” Albert Einstein
Pour explorer et créer de nouvelles possibilités, il faut utiliser ce que l’on appelle “la pensée divergente”. La pensée divergente consiste à multiplier les options pour créer des choix, autrement dit, générer un maximum d’idées afin d’augmenter la possibilité de trouver la bonne solution.
Il existe de nombreuses méthodes de créativité dont le brainstorming. Chaque brainstorming peut avoir ses propres règles, mais il y a une règle qui devrait être universelle : celle de construire à partir des idées des autres, de ne pas juger les autres, d’encourager les idées les plus folles afin d’alimenter un réel discours créatif d’une grande richesse.
“Pour avoir une bonne idée, il faut d’abord en avoir de nombreuses.” Linus Pauling, (Prix Nobel)
Le prototypage est une étape clé du process du Design Thinking ; c’est la démonstration par la preuve.
Réaliser des prototypes, ébaucher, maquetter, modéliser ou construire accélère l’avancée du projet et permet d’explorer plusieurs idées en parallèle.
En matérialisant une idée par un objet, on peut très facilement l’évaluer, la perfectionner et se concentrer sur la solution la plus adaptée.
Dans le cas du service on imagine des mises en œuvre concrètes qui se traduisent par des programmes d’actions pour mise en œuvre immédiate.
« Le prototypage, c’est le fait de penser avec les mains. » David Kelley (co-fondateur Ideo)
Enfin, la dernière “étape” du processus est de tester.
Lancer le projet ou le prototype est l’opportunité d’apprendre en sollicitant des retours des utilisateurs et d’itérer sur le produit, service ou expérience conçue.
Le principe de valorisation de l’erreur est très puissant en termes de conception rapide de solutions pertinentes. Les commentaires et réactions des utilisateurs ou consommateurs fournissent des informations susceptibles d’ouvrir de nouveaux marchés insoupçonnés bien plus prometteurs et rentables.
Il en va de même avec la transformation interne, la mise en œuvre rapide par petits pas favorise l’agilité et l’engagement .
“Échouer tôt pour réussir plus vite.” Tim Brown
En conclusion utiliser le Design Thinking pour transformer l’entreprise favorise outre les changements concrets et immédiats de stratégie et de process, l’entrée dans une nouvelle culture de « transformation permanente », de mobilisation de l’ « intelligence collective » et d’« agilité » tout en s’assurant d’un engagement puisant des collaborateurs puisque acteurs des solutions.
L’innovation, c’est aussi une affaire de relations et de ressources humaines!
A l’heure où un 2ème Boeing vient de s’écraser en moins de 6 mois et pour la même (incroyable !) raison annoncée « suppression de la formation des pilotes aux nouveaux types de commande pour raison de coût» (Reuters), je publie un bilan de mes 5 ans de chroniques sur la dimension humaine de l’innovation, un plaidoyer sur la nécessité d’impliquer les RH dans l’innovation !
Ces Boeings étaient neufs et, semble-t il compte-tenu des contrôles récents, techniquement fonctionnels ! Les ingénieurs, chefs de projets et décideurs financiers ont juste omis que l’innovation est aussi humaine et que la performance comprend la formation des pilotes autant que les technologies ultra-sophistiquées embarquées !
Aux Directeurs innovation et aux DRH aussi de conquérir ce leadership pour gagner la guerre des soft skills dans l’innovation !
Depuis mon premier billet sorti en janvier 2014 « DRH osez l’innovation ! », je ne cesse d’inciter les DRH à développer leur culture innovation pour leur permettre de devenir les interlocuteurs « crédibles » des DG, directeurs innovation et autres professionnels de l’innovation . « La créativité », « les intelligences multiples », « les types psychologiques », la « gestion du conflit »… autant de billets sur les soft skills pour le rôle de facilitateur de l’innovation du DRH l’innovation!
Le Digital et le monde VUCA qu’il accélère illustre parfaitement la révolution humaine que le DRH va avoir à mener ; dès mon 2ème billet « Quels talents pour l’innovation dans l’entreprise numérique ? » puis « quelle organisation pour le Digital? » traitent des sujets cruciaux auxquels le DRH doit savoir répondre. Je lance aussi des alertes sur certains métiers visés par l’innovation destructrice « L’IA et les chatbots vont ils tuer les formateurs ? ». Dans le même temps j’aime aussi apporter ces moments d’océan bleu quand le Digital va faciliter la mission RH: « Big data ? Vive les smart data pour le DRH » « comment l’IA et les Chatbots vont révolutionner le monde du recrutement ».
De même que les innovateurs doivent savoir intégrer la communication pour vendre leur projet, les DRH doivent s’inspirer de la culture innovation pour valoriser leurs actions et notamment par le buzz des communautés et des réseaux et des connexions. « Innovation et communication une affaire de connexions ». Cette connexion s’applique aux hommes et aux représentations culturelles de l’entreprise « Culture innovation entre legacy et Digital le DRH garant du passé et de l’avenir ». En un mot « RH » pourrait évoluer de « Ressources » à « Relations Humaines » tel que décrit dans « Coopération oblige le DRH devient Directeur des Relations Humaines »
Enfin pour garantir ce nouveau leadership comme un « garde fous » aux dérives gestionnaires des RH qui comme l’innovation souffrent « 5 idées reçues les plus tenaces sur l’innovation », ma conviction est que dans un premier temps , comme cela a été le cas avec les directions internationales dans la période de transition vers un monde global où l’international est intégré, l’innovation devrait être une fonction à part entière « 5 bonnes raisons pour créer une fonction Innovation RH »